Transat (8) : debriefing

 

Salut les gens

Ça fait quelques jours que je me dis qu'il faut que je vous livre quelques dernières impressions sur la transat… avant d'attaquer les Caraïbes.
Que voulez vous, les journées caribéennes m'engloutissent sous le poids du barbotage dans le lagon, de l'avalage de ti'punch, de l'observage de la tortue de mer qui vient me dire bonjour le matin… Enfin vous voyez…
Comme je le disais dans un post précédent, j'ai une excuse méga béton (je vais essayer de causer français par la suite) : mes idées sont un peu fouillis.
Du coup j'ai attendu qu'un miracle se produise et que tout devienne aussi limpide que la mer des Caraïbes…
Ce  miracle ne s'est pas complètement réalisé, cependant au fil des jours, j'ai pris du recul mais je commence aussi à passer à autre chose, c'est donc bel et bien le moment d'en finir avec la transat.

Je vais commencer par la conclusion : je suis fière d'avoir effectué une transat, c'était un petit défi personnel que j'ai réussi à mener à bout.
Voilà c'est tout.

Mais non, je rigole, je vais faire 3 phrases de plus.

J'ai toujours pensé que la transat était une expérience que j'avais envie de vivre même si j'avais conscience qu'il pouvait y avoir des difficultés sans vraiment savoir lesquelles précisément.
Alors pour clarifier mes idées, au fil de nos navigations pré-transat, j'ai consciencieusement interrogé tous les navigateurs rencontrés qui en avait effectué une.
J'imaginais qu'un Homme averti (c'est moi l'Homme) en valait bien 2 et que, comme Claudia ou Naomi, je le valais bien.

Les informations que j'ai pu collecter étaient rassurantes car au moins personne ne regrettait. Bien, c'était déjà ça.
Les difficultés éventuelles ne seraient pas techniques : en choisissant la période où les alizés sont bien établis, on hisse les voiles au Cap Vert et on les redescend à l'arrivée (et entre les deux c'est notre ami le pilote automatique avec son copain le GPS qui gère le cap). Enfin je caricature légèrement car dans la réalité, naviguer en vent arrière pour nous les cata, ça veut quand même dire instabilité des voiles, donc petite surveillance quand même. Sans compter qu'il faut vraiment "veiller au grain"…. Anticiper les orages quoi! (ça nos copains pilote auto et GPS savent pas faire tous seuls les nuls…)
Note pour les terriens blonds  : on anticipe les orages non parce qu'il va pleuvoir et que ça va ruiner le brushing mais parce que le vent va monter et qu'il faut réduire la voilure avant que ça arrive….

Et puis il y avait cette longue houle d'atlantique qui rend les navigations tellement plus agréables qu'en Méditerranée… La houle courte et croisée, c'était donc fini, youpi!

Les difficultés éventuelles seraient donc liées au temps, à la longueur des journées et des nuits, au face à face avec soi même (et le capitaine mais il est tellement formidable que ça ne m'a jamais inquiétée) dans un endroit contigu pendant au moins deux semaines… Parce que si vous y regardez de plus près, il n'y a pas beaucoup de moments dans la vie où on va être seul pendant des journées entières sans pouvoir s'échapper pour aller papoter avec le voisin… Un genre de mode "off" des relations sociales… ou une retraite silencieuse…

Bref, pour en avoir le coeur net, il fallait expérimenter la chose. Aucun des compte rendus des copains "transatlantistes" ou des projections que je pourrais faire ne refléterait "ma" réalité.

Alors ce 10 février, nous sommes partis du Cap Vert vers la Martinique. Banzaï!

La routine journalière s'est installée dès le premier jour car comme nous avions effectué presque une demi transat des Canaries vers le Cap Vert, nous avions déjà nos habitudes.
Pour rendre les choses un peu concrètes, voici l'"ossature" commune de nos journées :
– de 23h à 5h, je veille pendant que Xavier dort
– de 5h à 11h, Xavier veille tandis de je dors
– vers 11h,  je me lève, Xavier part parfois se recoucher
– à midi, nous faisons un point journalier : milles parcourus, météo, état de la mer. Nous relevions aussi les SMS arrivant sur le téléphone satellite, notre lien avec la terre. C'était à chaque fois un moment très agréable, merci pour ces SMS chargés d'humour! Tous les 3 jours nous prenions une météo et regardions les commentaires du blog que nous recevions par mail, encore une fenêtre ouverte vers nos amis terriens, merci à tous ceux qui ont laissé ces petits mots sur le blog.
– vers 13h, nous déjeunions.
– Vers 14h, je repartais me coucher.
– Vers 16h, nous flânions à papoter, regarder les nuages, la mer, un film. On écrivait pour le blog…. Mais 14 jours sur 16 les conditions de mer étaient si mauvaises que la seule activité envisageable était de rester assis ou allongé à espérer que ça se calme un peu
– Vers 20h, nous dînions devant une série TV ou un film.
– et à 23h, dodo pour le capitaine…… et bis repetitat placent.

Pour animer certaines journées, il y a eu la pêche! C'était à chaque fois un grand moment d'excitation! Le premier qui repérait qu'un poisson avait mordu hurlait la bonne nouvelle. Puis le branle-bas de combat commençait : Xavier préparait baudrier, couteau, crochet, bout pour attacher le monstre, de mon côté je m'armais de mon appareil photo pour immortaliser le moment, le tout en étant secoués comme des pruniers!

L'activité envisageable par les mauvaises conditions de mer était l'observation et surtout rien qui ne nécessite de la concentration. La mer, les oiseaux, les dauphins, les nuages, le ciel, les étoiles, les formes et les couleurs qui changent…. ou un film et minimiser le temps passé debout à lutter pour…. rester debout.

Si je devais faire un parallèle, les choses ont évoluées au fil du temps dans ma tête comme pendant un entraînement sportif, ou une course à pied par exemple…
Avant vous êtes excités, puis vous vous sentez bien pendant la moitié de l'effort, puis à mi parcours la fatigue et la lassitude arrivent, vous passez quelques moment difficiles à revenir dans la course, puis, approchant de la fin vous êtes portés et retrouvez votre énergie. Et au final, vous êtes heureux de franchir la ligne d'arrivée. Et d'arrêter de courir.

Il est également un autre voyage, un peu plus intérieur. Celui effectué pendant les quarts de garde, quand vous êtes seul. Le secouage intensif nous empêchait souvent tout effort intellectuel. Même lire devenait pénible. Alors la dernière activité devenait de laisser courir le flots de ses pensées, de laisser revenir à soi certains souvenirs passés comme ma fierté de petite fille à son premier cours de danse dans son justaucorps bleu canard qui allait si bien avec ses collants roses… (la photographie n'était pas encore inventée à cette époque reculée, ne demandez donc pas de photo)
J'ai repensé à des tonnes de choses, quel plaisir de se replonger dans le passé et je dirais presque quelle envie de tout recommencer si un bon génie me le proposait…
Je vais profiter de cet étalage de sentiments pour dire aussi à quel point avoir quelqu'un pour partager sa vie est quelque chose de rare et formidable, je suis chanceuse d'avoir trouvé mon compagnon de vie depuis 15 ans…

Bon allez, on conclut…
Notre perception de la transat a été complètement influencée par les conditions musclées imposées par les éléments. Nous avons eu du mal à l'apprécier pleinement tellement cela a été fatigant d'être secoués comme des pruniers 14 jours sur 16. Alors quand on a vu la terre qu'on a quand même bien attendue, on a été remplis de joie. Lorsque Namasté a été ancré dans la baie du Marin, malgré la fatigue nous nous sommes précipités à terre, tellement heureux de la retrouver. Bon, pour la petite histoire en débarquant j'ai eu le mal de terre, tout tanguait tellement que sitôt notre repas au restaurant terminé, je suis repartie fissa à bord pour arrêter ce mal de terre (qui est passé le lendemain).
En discutant avec d'autres plaisanciers ayant traversé à la même période que nous, le constat a été le même que nous.
Ca ne m'a pas donné envie de recommencer, même si je reste prête à retraverser une mer ou un océan pour la suite du voyage afin d'emmener le bateau à destination…. Et Xavier est dans le même état d'esprit que moi…
Allez c'est fini, j'ai essayé de vous livrer les choses le plus concrètement et le plus sincèrement possible et j'espère que ce petit compte rendu éclairera un peu les interrogations que chacun peut avoir sur ce type de voyage…

4 commentaires sur « Transat (8) : debriefing »

  • Salut vous deux !
    J’ai lu avec attention (trois fois c’est pour dire) ce petit débriefing et il en ressort que j’ai quelques remarques pour sa majesté. Car, je me trouve moi-même devant ma pré-transat, c'est-à-dire que je ne vais pas tarder à partir pour le Cap-Vert.
    Une première remarque relative au « secouage »… Eh dis-donc ta Majesté, quand nous nous retrouverons aux Marquises, tu viendras faire un tour sur la Boiteuse avec Touline et moi, et je pense que tu réviseras ta notion du « secouage » ! (Non mais… Ca navigue sur un cata de 6,53 m de large et ça nous dit que c’est secoué dans tous les sens ? De qui se moque t’on je vous le demande ?)
    Ensuite je trouve que tu devrais pousser ton Capitaine bien aimé à se mettre au clavier pour qu’il nous fasse part de ces propres sentiments… Ce serait faire preuve d’une mansuétude toute royale !

    Sinon, ben nous on part mardi ou mercredi pour la Gomera. Petite escale de deux-trois jours et ensuit GO !
     

    • Ola Gwendal
      Oh tu sais, la sensation de secouage c’est relatif… Pour Xavier et moi, c’était au point d’être inconfortable.
      Pour moi, les sensations sont folkloriques puisque je suis sujette au vertige, alors tout ce que je peux décrire c’est « oh putain j’ai vraiment le vertige » ou « tiens aujourd’hui j’ai moins le vertige »….
      Et pour Xavier il a ressenti que ça secouait beaucoup et que les conditions étaient musclées.
      Pour tout te dire, on a croisé un skipper avec 9 transats derrière lui, il n’a jamais trouvé plus inconfortable qu’un cata, et même un plus large que la boîteuse n’est longue :).
      De toute façon, comme on dit toujours, on restera des marins d’eau qu’on met dans le pastis, le cap horn c’est pas pour nous :)!
      Ah attend, le cap’ se réveille se réveille pour compléter, je le cite : « c’était chiant, un bon vent (enfin plein vent arrière…) mais une mer de merde, heureusement qu’il y avait des poissons, et ça pendant 16 jours et une heure non stop »…
      Ouh lala, il a écrit pour au moins 20 ans…. Fais comme sa mère, garde ses 3 mots précieusement!
      Bises et bonne navigation, tiens nous au courant!

  • Salut vous deux

    Heureux de vous lire, comme on pense à vous !

    moi aussi je barbotte dans une eau chaude de 33° mais c'est l'eau de piscine pour ma rééducation.

    emile se prépare à donner sa météo……. Alex tu comprendras…

    Nos activités prof redémarré le 1 er avril dur dur.

    Profitez bien de ces moments de bonheur  et tu as bien raison, rencontrer sa moitié est le plus important pour réaliser ses projets.

    longue vie à vous deux

    Émile et cathy(Time alizé)

    ps Glendale a raison on aimerait bien les impressions du Pitaine, surtout sur la pêche…….

    • Hello Cathy et Emile
      Nous aussi on pense souvent à vous!
      Cathy, quand tu es dans l’eau à 33°, ferme les yeux et imagine les cocotiers… Nous sommes juste à côté :)!
      Bon courage pour la reprise et aussi à Emile pour la météo….
      Ah attend le cap’ veut rajouter un mot : « La nav’ était pénible mais la pêche était sympa. On a passé les 3 premiers jours avec juste une touche qui s’est décrochée mais après c’était festival, sortie pêche sportive avec poisson tous les jours dont deux ou trou belles pièces d’une dizaine de kgs par jour, juste avec les 2 cannes. On a pêché le matin tôt et dans l’après midi, pas le soir. On n’a remonté que de la coryphène ET quand même un beau marlin 🙂 et un thazard. Les coryphènes ont été attrapées par beau temps et les autres par temps gris, y a-t-il un lien de cause à effet??? On n’a utilisé que des poulpes, les bleus ne marchent pas même avec la couenne, la star c’est le poulpe rouge et blanc acheté à la dernière minute au ship de la marina de Rubicon (il a attrapé 80% des prises… ensuite c’est le leurre Namasté, ensuite c’est le rose). La taille des poulpes qui ont attrapé est de 17 cm. On était à la voile entre 6 et 7 noeuds avec une trentaine de mètres de fil. Les bas de ligne en acier sont indispensables, je les ai refait 3 ou 4 fois. On n’a pas eu de casse de fil car on n’avait que du gros fil acheté au Maroc et …. heureusement car ça tire fort, même les plus petits modèles de coryphène. On pêchait tous les jours car on s’est rendu compte que ça ne se gardait pas longtemps (ça sent fort rapidement, même dans le frigo). Et ne pas oublier de prévoir de bons couteaux pour lever les multiples filets… Normalement à la fin de la transat tu as ton diplôme de découpe et préparation de poisson (qualité sashimi :)). »
      Ben dis donc, il est en verve le capitaine!!!
      Bises

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